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Slow fashion, slow wear, mode éco-responsable : discussion avec une experte

Slow fashion, slow wear, mode éco-responsable : discussion avec une experte

Interview

14/5/21

Pour faire face à la fast-fashion, phénomène du 21e siècle se basant sur le renouvellement rapide des vêtements proposés à la vente, la slow fashion ou slow wear, appelle à favoriser un vêtement de qualité, durable et éco-responsable. En gros : consommer moins mais mieux.

Le but de ce mouvement est de redonner de la valeur au vêtement et à l’acte d’achat, mais surtout de garantir une qualité de vêtements en portant une attention particulière au choix des matières et aux conditions et lieux de production. Encouragée par les prises de conscience liées aux préoccupations climatiques, à des drames tels que l’effondrement du Rana Plaza ou encore à la crise mondiale du Covid, cette tendance prend aujourd’hui une réelle ampleur. Interview d’une experte en la matière : Fabienne Commault, gérante de la boutique Wakatépé à Rennes et commerçante Yabe.

Bonjour Fabienne, pourrais-tu te présenter succinctement ?

Je m’appelle Fabienne Comault, j’ai 58 ans, j’ai toujours eu une consommation bio et responsable, je travaille dans l’industrie de la mode depuis une bonne dizaine d’années et j’ai mon propre magasin éco-responsable depuis deux ans.

C’est quoi la mode éco-responsable, pour toi ?

Il s’agit d’utiliser des matériaux traditionnels, sans produits chimiques et pesticides, tout en défendant des valeurs qui visent à protéger la planète et l’équité.

Je trouve que l’histoire de People Tree illustre bien ce que c’est : People Tree est une marque pionnière du fair-trade fashion, basée au Bangladesh. Elle a tout d’abord œuvré dans l’industrie du textile traditionnelle, jusque dans les années 1990. Après avoir essayé de faire changer les mentalités, la marque s’est dit qu’elle devait être le premier exemple. Aujourd’hui, elle assure à toutes ses travailleuses de vivre dans des conditions décentes et justes, tout en proposant des produits durables.

La mode éco-responsable, c’est aussi une économie au sein de laquelle beaucoup d’acteurs interagissent et s’entraident. Pendant la période de pandémie Covid-19, les usines de textile étant fermées, les producteurs de coton traditionnel se sont retrouvés sans revenus, abandonnés par leurs clients. Les marques éco-responsables, elles, ont continué à acheter du coton bio, pour assurer un revenu continu à leurs producteurs, mais aussi pour construire un réseau solide et pérenne, qui met l’humain au centre des relations commerciales. Protéger l’humain, c’est aussi protéger la planète.

Wakatépé et Yabe ont une valeur en commun : l’éco-responsabilité. Pourquoi est-ce une valeur qui te tient à cœur ?

Je suis persuadée qu’on peut vivre correctement, sans que ça se fasse au détriment de quelqu’un d’autre ou de la planète. Porter des vêtements est un besoin primaire, tout comme se nourrir. Nous en avons besoin et je pense qu’il n’est pas normal de répondre à un besoin essentiel au détriment d’autres personnes – sinon nous ne pouvons qu’aller vers notre perte.

Le textile est un besoin fondamental et c’est en parallèle la deuxième industrie la plus polluante du monde. Il faut arrêter de juste le constater, il faut faire quelque chose ! C’est pour ça que l’éco-responsabilité est au cœur de mes démarches.

La mode éco-responsable et l’écologie étant intimement liées, il y a une autre problématique qui, je pense, ne tardera pas à faire surface : la question de la consommation d’eau. Les jeans, par exemple, consomment énormément d’eau (entre 7000 et 10.000 litres d’eau pour fabriquer un jean). Heureusement, de nos jours, il est possible de produire des jeans qui consomment 15 fois moins d’eau !

La notion d’éco-responsabilité est également liée à l’approche slow fashion : les cotons que je vends par exemple ont la certification Global Organic Textile Standard (GOTS), et ils mettent 3 fois plus de temps à pousser qu’un coton traditionnel, parce qu’ils ne sont pas traités aux pesticides. En plus, ceux qui le récoltent sont rémunérés de manière juste.

L’opposé de la mode éco-responsable, c’est la fast fashion : diminuer les coûts de main d’œuvre et utiliser des matériaux peu coûteux, comme le polyester, qui est produit à partir du pétrole, et qui, à chaque lavage, relâche des particules de plastiques dans nos canalisations et donc nos cours d’eaux. Il faut revenir à des matières naturelles, pour notre bien-être, et pour celui de la planète.

Je dois dire que certains acteurs, certaines marques m’inspirent au quotidien par leur détermination, et m’aident à poursuivre dans cette voie éco-responsable – j’espère que cette interview en fera de même avec d’autres.

Pour rester dans l’exemple du coton, il y a une marque danoise, Knowledge, qui a commencé à faire du coton bio dans les années 1980. Aujourd’hui,ils vont encore plus loin en faisant de la permaculture : comme les plantations de coton appauvrissent la terre, ils plantent, au pied de ces dernières, des plantes dont le rôle est d’absorber le carbone de la terre. Résultat : un coton bio qui préserve son environnement !


Pourquoi as-tu décidé de t’investir dans un projet de mode éco-responsable ?

Au début, j’ai commencé dans l’industrie du textile traditionnelle. Puis, je me suis vite rendue compte de ses dérives, concernant le traitement du coton aux pesticides notamment, (il faut utiliser 1 kg de pesticide pour produire 1 kg de coton) ou encore pour la production des T-shirts et des jeans pour lesquels il faut des centaines de litres d’eau.

De ce fait, j’ai commencé à chercher des marques éthiques à des prix accessibles – sans réel succès, jusqu’à ce que je rencontre 1083. Comme la cohabitation entre vêtements traditionnels et vêtements éco-responsables était difficile, j’ai fait le choix en 2019 de ne proposer que des produits de mode éco-responsables – tout en y associant d’autres produits, comme des savons locaux, du charbon, des bijoux, des gourdes, des huiles ou des produits en liège. Un concept complet.


Penses-tu que la date du 24 avril 2013 a marqué un tournant auprès des consommateurs ?

Le scandale du Rana Plaza au Bangladesh n’a pas vraiment eu d’impact au niveau des consommateurs, non. Au niveau de certaines marques, en revanche oui, mais plutôt pour des questions de réputation et de relations publiques.

Depuis les échauffourées, il y a une quinzaine d’années, autour de Nike qui ne surveillait pas ses sous traitants qui faisaient travailler des enfants, toutes les grandes marques se sont mises à faire attention à ce type de scandales. Peut-être que le prochain sera à propos de la Chine, qui est en train de dévaliser le textile de l’Afrique. De nombreuses usines chinoises se sont implantées en Ethiopie pour bénéficier d’une main-d’œuvre qui coûte beaucoup moins cher (30€ à 40€ de salaire mensuel).

Bio, durable, éco-responsable, local : à quoi faut-il faire attention quand on achète des vêtements ?

Je donnerais deux conseils simples :

Eviter le polyester et le viscose, qui est un textile tissé ou tricoté à partir de fibres artificielles. Ces fibres sont issues du retraitement chimique de la cellulose et sont nocives pour vous et pour la planète.

Favoriser le lin, le chanvre, le lyocell (fait à partir de fibre de bois)

Le tencel, lenzing, et l’ecover sont les matériaux les plus écologiques du moment, même s’ils sont encore très peu d’eau utilisés. Les textiles thermorégulants, plus frais en été, plus chaud en hiver, ont également un mode de production très écologique.

Comme pour la nourriture, il y a des labels qui certifient les textiles. Certains sont très fiables, comme Fairtrade, GOTS, Fairwear Foundation, OEKO-TEX standard 100, OCS100 – que j’ai d’ailleurs détaillés sur mon site. Mais il ne faut pas s’arrêter à cela : certains producteurs ont une démarche sincère mais n’ont pas les moyens d’acheter ces labels.

N’y a-t-il pas du greenwashing en matière de mode éco-responsable ?

Si…

Toutes les grandes marques de mode, comme H&M par exemple, ont une gamme “conscious”, qui est effectivement éco-responsable, mais qui ne représente que la partie visible de l’iceberg. Cela leur permet de se donner une bonne image mais derrière ces gammes, il n’y a pas de réelles actions éco-responsables, parce qu’ils ne prennent pas en considération l’humain dans leur démarche – seulement les matériaux, et seulement sur certaines gammes qui restent marginales.

Autre pratique : dans l’industrie du textile traditionnelle, lorsqu’on mélange un certain pourcentage de coton bio avec le reste des matériaux, c’est considéré comme du coton bio.

Que dirais-tu pour encourager les Yabers à passer à la mode éco-responsable ?

Lorsque j’ai commencé à commercialiser des vêtements bio, j’ai remarqué que mes clients trouvaient ces vêtements plus agréables à porter : une sensation agréable, de la douceur et du confort. Et le sentiment d’acheter intelligent. Les vêtements éco-responsables, les essayer c’est les adopter.

Consommer autrement, c’est aussi vivre autrement, et devenir une source d’espoir et d’inspiration pour vivre mieux.

Un dernier truc à partager à nos Yabers ?

Je vous conseille la chaîne Youtube IzNowGood, qui traite de la mode éthique et du mode de vie et de consommation responsable. Vous y trouverez des décryptages et critiques de gammes de vêtements de plusieurs marques connues.

Je recommande aussi la chaîne de TheGoodGoods, qui est un webmagazine interrogeant le style et mettant en avant les créateurs de mode et de design. Ce qui est intéressant, c’est que toutes les pièces présentées sont issues d’un processus de fabrication transparent, éco-responsable et respectueux des travailleurs de l’industrie vestimentaire.

Si comme Fabienne et Yabe vous souhaitez soutenir le commerce local, rejoignez la communauté ici !


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