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Pierre, 57 ans, épicier messin

Pierre, 57 ans, épicier messin

Yabers

26/8/21

Nous sommes allés à la rencontre de Pierre, propriétaire de l'épicerie fine Saint-Louis à Metz.

Ancien salarié du monde de la communication et du commerce, il a décidé à 50 ans de revenir à ses premiers amours : la gastronomie et le terroir. Ce qui a marqué le début de son épicerie fine.

Peux-tu nous en dire plus sur ta boutique ? 

Le concept de mon épicerie fine, outre le fait de proposer de délicieux produits, est de constituer des colis gourmandises à offrir, pour faire plaisir ou se faire plaisir. 

J'ai tout un rayon consacré aux produits locaux et je travaille en étroite collaboration avec les artisans de la région, je vais les rencontrer ou ils viennent me solliciter, notamment pour les vins et spiritueux.

Lorsque la situation le permet, je fais également des salons, je vais à la rencontre des producteurs puis je fais ma sélection sur-place. 

Je propose aussi des biscuits et des confitures maison et tout un tas d'autres choses qui raviront vos papilles. 

Quel est ton produit phare en ce moment, celui que tout le monde s’arrache ? 

Le produit phare c'est la mirabelle et tous ses dérivés et ils sont très nombreux : eau de vie, liqueur, crème de mirabelle, miel de sapin des Vosges, miel à la mirabelle, baba à la mirabelle et j’en passe. Le but est de valoriser la mirabelle de Metz et le terroir. 

Au commencement, j’avais des produits venus des quatre coins de l’hexagone, le rayon des produits lorrains était destiné essentiellement aux touristes et finalement, je me suis aperçu que ces produits avaient du succès tout au long de l'année, parce que les messins qui vont dans d'autres régions aiment bien ramener quelques produits de chez eux à faire découvrir à leurs hôtes.

Bio, durable, éco-responsable, local : à quoi faut-il faire attention quand on achète ?

Bien sûr, il est très important de privilégier les produits locaux et bio. Je salue le fait que la demande pour ce type de produit soit constamment en hausse, parce qu'on utilise beaucoup moins de pesticides et qu’on valorise les produits de notre territoire et rien que cette démarche, c’est très positif. 

De plus, avoir le label bio prend beaucoup de temps, 3 ans au moins d’autant plus qu’on peut retirer cette accréditation très rapidement et pour obtenir le label à nouveau, il faut attendre 3 autres années … C'est assez drastique au niveau des conditions, surtout en France, ce qui témoigne de la crédibilité et de la qualité des produits.

Avec mon épouse, nous faisons attention à ce que nous consommons depuis environ 1 an et demi. Surtout concernant les fruits et légumes. Par exemple, lorsqu'on trouve des poires en provenance du Chili ou du raisin en provenance d'Argentine, on ne prend pas. Rien qu’en pensant au trajet de ces produits on imagine bien à son impact sur l’environnement… On préfère donc consommer des produits de saison. De plus, on ne sait pas trop comment ces fruits et légumes ont été cultivés, au niveau des normes internationales, il y a des aspects qui diffèrent de la France. Nous sommes plus rassurés lorsqu’on consomme local et bio. 

C’est quoi être commerçant, pour toi ? 

Pour moi, être commerçant c’est faire plaisir aux gens. J'attache beaucoup d'importance aux produits que je sélectionne, si moi ça me plait, je pourrai forcément mieux le vendre. Je me verrais mal vendre un produit qui me déplait. J'accorde également beaucoup d'importance à la présentation et à l’emballage. On achète 50% avec les yeux ! - ça doit être mon passé dans la pub qui parle 😅

Lorsqu’on veut offrir quelque chose, il faut que ça soit beau, je n’irai pas au supermarché choisir un cadeau, parce que le packaging ne sera sûrement pas adapté.

Quelle est la journée type d’un commerçant d’épicerie fine ? 

Mes journées ne se ressemblent absolument pas. Dans l’épicerie fine, je m'occupe de tout : je suis patron, gestionnaire mais aussi comptable et manutentionnaire, parce qu'il faut gérer les marchandises, les stocker dans l’entrepôt mais aussi étiqueter les produits et j’en passe. Je suis tout seul, donc je dois assurer toutes les fonctions, je passe les commandes, je sollicite les fournisseurs, je goûte aux produits (😇), je fais absolument tout. 

J’ai choisi d’être indépendant pour pouvoir choisir les produits que je commercialise par moi-même. Aucune vente ne m’est imposée, tous mes articles sont sélectionnés un à un. De plus, les conditions pour rejoindre une franchise sont exorbitantes : le loyer, le droit d'entrée et les royalties à verser chaque fin d'année sont insoutenables. Ça ne m'étonne pas qu'il y ait autant de turnover dans les petits commerces. 

Mon objectif est de maintenir une relation avec le client, dans le métier d'épicier fin c'est très important. Les gens sont parfois à la recherche de produits spécifiques, ou viennent simplement pour s’accorder une gourmandise. Dans tous les cas de figure, ils ont besoin d’avoir les conseils de l’épicier pour les guider.

Est-ce que le Covid a changé les habitudes de consommation de tes clients ? 

Depuis le Covid, beaucoup de personnes se sont tournées vers les géants du web pour leurs achats. De plus, il m’apparaît que les jeunes (qui sont nos clients de demain) sont plus friands des achats en ligne que du commerce local, ce qui représente beaucoup de clients en moins pour le commerce de proximité. 

Le commerce du centre-ville de Metz était attractif, notamment en termes de magasins de vêtements et de prêt-à-porter, mais à présent, lorsqu’on se promène un peu à Metz, on remarque que plusieurs enseignes ont disparu et c’est bien dommage parce que ça fait baisser la fréquentation du centre-ville. Après, il y a quand même les restaurants et cafés et les incontournables, les bijoutiers, les bouchers, fromagers, mais autrement tout ce qui est vestimentaire tend à la désertification. 


Mais il y a aussi du positif… Comme Internet prend une place prépondérante, grâce à vous Yabe mais aussi aux sites e-commerce. Je remarque une mutation des habitudes de consommation et une digitalisation qui va dans le sens du commerce de proximité. 

Autre plus du côté touristique : il y a moins de touristes étrangers qui viennent dans la ville, en revanche, il y a plus de touristes français, Parisiens notamment. Ils sont souvent étonnés en découvrant la ville de Metz, ils s'imaginent une ville grise et un peu morose et finalement ils sont agréablement surpris. C'est vrai qu'on a une belle ville, quand même. 😏

Les désertifications des centre-ville : mythe ou réalité? 

C’est malheureusement une réalité et certains propriétaires continuent de mener des politiques dépassées, ce qui n’aide pas... Ils ne se rendent pas compte que bien des choses changent chaque année et veulent toujours les mêmes gains alors que le contexte économique n’est plus le même. Prenons l’exemple de la rue Serpenoise, à Metz. Elle était la première rue de France en termes de chiffre d’affaires par mètre carré. Aujourd’hui ? C’est le désert commerçant. Les prix des loyers dans cette rue devraient être remis en question car ce type de comportement n'encourage pas le commerce de proximité. 

Le digital : ami ou ennemi du commerce de proximité ? 

Bien sûr que c'est un ami ! L'évolution des tendances de consommation et l’arrivée des jeunes qui ont désormais un pouvoir d’achat oblige le commerce de proximité à subir cette mutation. Aujourd’hui, on ne prend plus le temps de flâner en ville et de faire du lèche-vitrine. Les gens n’ont plus le temps ! Le digital offre des solutions à ce problème et le commerce de proximité doit s’y adapter.

Que penses-tu d’une initiative comme Yabe ? 

Je trouve que c'est une bonne initiative, ça m'apporte du trafic, de la visibilité et même de nouveaux clients, je ne trouve rien à en redire. Votre initiative permet de redynamiser les centre-villes et d’aider le commerce de proximité à survivre. Comme je disais plus haut, ce que je trouve bien c’est d’utiliser le digital pour ramener du monde dans les petits commerces.

Une astuce éco-responsable à partager avec nos Yabers ? 

Une chose très simple pour avoir une consommation éco-responsable : vérifiez l’origine de vos fruits et légumes. Ce sont les aliments qui constituent l’essentiel de notre alimentation. Je préfère mettre le prix pour m'assurer de la qualité du produit plutôt que d'acheter en masse. Je m’assure moi-même de vendre essentiellement des produits Français, dans une volonté de continuer à mettre en avant le savoir-faire de nos artisans et producteurs.

Raconte-nous une anecdote client ou une belle histoire ?

Pas plus tard qu'hier, un monsieur m'a appelé pour savoir si j’avais des épices de chimichurri pour un barbecue. J’avoue que je ne connaissais pas donc je me suis renseigné... C’est un condiment sud-américain à base de piment (originaire d'Argentine), qui est idéal pour des marinades de viande grillée. Après quelques coups de fil à mes fidèles fournisseurs, j’ai pu m’en fournir et le monsieur est devenu client. Il était d’ailleurs très content de ma réactivité. En revanche, je ne sais pas comment il a vaincu la pluie pour profiter de son BBQ. 😛

Comment est l’entraide entre commerçants à Metz ? 

Les commerçants voisins m’envoient régulièrement des clients et il m’arrive de faire de même. C’est très important, car ce n’est pas en étant tout seul que l’on va réussir, 

La diversité a son importance. La rue Dupont des Loges à Metz par exemple, est une rue qui ne contient que des pizzerias, elles sont toutes les unes à côté des autres et pourtant, elles ont toutes leur clientèle. L’essentiel est de savoir se différencier. Lorsque vous êtes agréable et que vous proposez de bons produits, il n y a aucune raison pour que ça ne fonctionne pas pour vous. 

Le truc incontournable à Metz selon toi ?

Lieu absolument Incontournable : l’épicerie fine Saint louis, évidemment ! 😂

Pour moi ce sont d'abord des lieux à visiter. La cathédrale bien sûr, mais aussi la place Saint-Louis, avec ses arcades de charme. D'ailleurs c'est un peu aux commerçants de raconter l'histoire de la ville à leurs visiteurs et clients. 

Parfois, j’ai la visite de touristes Allemands. Lorsque le temps me le permet, je leur donne un plan de la ville et leur indique les principaux endroits à visiter. Cela contribue à véhiculer une image positive de la ville, après tout, les commerçants font aussi partie de l’expérience touristique. Une fois de retour de vacances, ces touristes partageront leur expérience à Metz, contribuant à forger sa réputation. 


Si vous êtes de passage à Metz, n’hésitez pas à faire un p’tit tour chez Pierre pour goûter aux spécialités de la région. Dites-lui que vous venez de notre part. 😏 

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